René Lehmann répond aux questions sur le Coronavirus et Mercy Ships

Publié le : 29 juin 2020

Le coronavirus est la cause de bien de défis: des mesures strictes, conséquentes et radicales doivent être prises; nous voyons des images déstabilisantes. Notre vie fait l’objet de limitations croissantes. Personne n’y échappe. Notre mission au Sénégal n’y échappe pas davantage. René Lehmann, directeur de Mercy Ships en Suisse depuis 2012, revient sur les événements des dernières semaines et leur impact sur Mercy Ships.

 

René, comment vas-tu malgré cette « tempête » ?

Un peu secoué émotionnellement, mais bien ! Secoué parce que l’Africa Mercy a dû interrompre sa mission au Sénégal et que nous pensons que le continent africain risque de nous rejoindre dans cette crise majeure. Bien, car je suis reconnaissant qu’aucun de nos patients et membres d’équipage à bord n’ait été infecté par le virus et que tous les Suisses qui ont dû ou voulu rentrer soient maintenant sains et saufs à la maison.

Interrompre une mission ne doit pas être une décision facile à prendre !

Non, en effet, c’est une décision même douloureuse ! Premièrement à cause des derniers patients que nous n’avons plus été en mesure d’opérer. Mais aussi à cause des bénévoles qui se réjouissaient de rejoindre le navire et qui ont dû tout annuler, sans oublier ceux qui venaient tout juste d’arriver et qui ont dû rentrer.

Tu as même dû organiser le rapatriement de certains bénévoles suisses ?

Oui… une tâche compliquée quand il n’y a presque plus de vols et que les frontières se ferment les unes après les autres ! Par exemple, les Australiens et Canadiens à bord n’ont soudainement plus eu aucune chance de rentrer parce qu’il n’était plus possible de poursuivre le voyage au-delà de Bruxelles. Pour l’équipage suisse, une solution a été trouvée avec le DFAE qui avait organisé un vol spécial pour les ressortissants suisses en Afrique de l’Ouest. J’ai été en contact régulier avec notre ambassade à Dakar qui nous a beaucoup soutenus de manière très efficace et non bureaucratique. Je leur en suis d’ailleurs très reconnaissant !

Quelles ont été les raisons principales de cette annulation ?

Avec des bénévoles du monde entier qui arrivent presque chaque jour et de nombreux va-et-vient de patients, nous étions un vecteur potentiel pour propager le coronavirus au Sénégal. Il aurait aussi suffi d’un seul cas pour que le navire soit mis en quarantaine pour une durée indéterminée. Nous avons tous entendu parler de ce paquebot de croisière au Japon qui est devenu une prison flottante pour plus de 3’000 personnes ! Nous voulions absolument éviter un tel scénario. Et finalement, c’était aussi une décision prise selon les recommandations de l’OMS et en accord avec le gouvernement sénégalais.

Pourquoi l’Africa Mercy ne pouvait-il pas être utilisé pour traiter le Covid-19 au Sénégal ?

Son exploitation en cas d’épidémie est très problématique. L’Africa Mercy est en fait conçu pour effectuer des opérations chirurgicales. Il n’est ni adapté pour accueillir des patients contagieux ni équipé pour traiter des patients souffrant de problèmes respiratoires.

L’Africa Mercy arrête la mission deux mois plus tôt que prévu. Qu’est-ce qui a été réalisé ? Des milliers de personnes ont trouvé un nouvel espoir grâce à une opération ou à des soins dentaires. À l’exception des opérations de la fistule, nous avons dépassé tous nos objectifs en matière d’opérations et de traitements dentaires. Des milliers d’heures de formation continue et de mentorat pour les professionnels de la santé ont été proposés à bord du navire et dans tout le pays. Ces programmes ont été un grand encouragement pour le personnel de santé local et seront poursuivis dès que possible.

Le navire est maintenant à Tenerife, que se passe-t-il ensuite…

Bien que nous n’ayons pas eu le virus à bord au moment du départ, l’Africa Mercy est actuellement en quarantaine dans un port industriel de Tenerife. A son bord se trouvent 239 membres d’équipage, certains parce qu’ils n’ont plus réussi à quitter le Sénégal, d’autres parce qu’ils sont nécessaires au fonctionnement minimal du navire. En ce qui concerne les Suisses, nous avons Tamara qui assure chaque jour la production de pain frais, Andreas, l’aumônier principal, et sa famille, et également Alphonse qui remplit le rôle de chef mécanicien. Alphonse travaille habituellement dans notre bureau de Lausanne mais est sollicité en cas de pénurie de bénévole pour ce poste essentiel. D’ailleurs, l’une des tâches d’Alphonse sera de tout faire pour anticiper de plusieurs semaines la phase de maintenance qui est prévue mi-juin à Las Palmas.

Est-ce que l’Africa Mercy va retourner au Sénégal ?

Nous espérons pouvoir retourner au Sénégal dès que la situation liée au Covid-19 le permettra. Nous avons d’ailleurs volontairement laissé du matériel derrière nous. Aujourd’hui, le monde entier réalise plus que jamais l’importance d’un système de santé de qualité. Mercy Ships a eu un impact significatif au Sénégal dans le domaine de la formation et du développement des professionnels de la santé ce qui, nous l’espérons, les aidera notamment à surmonter la crise pandémique. Nous voyons aussi l’avantage d’un hôpital flottant : si nous devons quitter un pays, nous pouvons le faire rapidement et de manière bien organisée – mais nous pouvons aussi revenir rapidement et poursuivre notre travail sans risquer que les infrastructures ne soient plus utilisables ou aient disparu.

Et quelle est la situation pour le personnel en Suisse ?

Tous les employés sont en mesure de travailler normalement, mais le font depuis leur domicile. Ils sont d’ailleurs là pour vous ! N’hésitez pas à nous contacter – je me réjouis toujours de chaque contact personnel ! En même temps, je vous remercie pour votre soutien dans la prière, vos encouragements et vos dons.

 

Découvrez toutes les mesures prises par Mercy Ships depuis le début de la pandémie de coronavirus.