Sur le chantier naval du navire-hôpital de Mercy Ships : à la rencontre de Jim Paterson

Publié le : 29 novembre 2020

Jim Paterson commence son parcours avec Mercy Ships en 1987, lorsqu’il rejoint l’équipage bénévole de l’Anastasis – le tout premier navire-hôpital de l’organisation – en tant que chef mécanicien. A partir de 1995, il retrouve la terre ferme et s’installe aux Etats-Unis avec sa famille. Il est engagé pour développer le département des opérations maritimes de Mercy Ships, qu’il dirige pendant près de 20 ans, avant de se consacrer à plein temps en tant que chef de projet du Global Mercy.

Jim, Mercy Ships va prochainement prendre officiellement possession de son nouveau fleuron, le Global Mercy. Quand a débuté ce projet ?

Il y a environ 14 ans ! En juin 2007, notre navire actuel, l’Africa Mercy, entrait en service et effectuait sa première mission au Liberia. C’est à cette même période que les premières idées et la planification pour un prochain navire-hôpital ont commencé. L’Africa Mercy était à la base un ferry danois qui transportait des trains et que nous avons converti en navire-hôpital. Pour concevoir les plans du Global Mercy, nous avons tenu compte des problèmes rencontrés avec la transformation de l’Africa Mercy, qui avait été un projet très conséquent. Nous avons ensuite mené une enquête pendant un an auprès de nos bénévoles pour obtenir leur avis. Ils ont confirmé nos observations suivantes : nécessité de plus d’espace dans l’hôpital, notamment pour la formation du personnel médical local, plus de place pour le stockage, davantage d’espaces de vie pour l’équipage, et des cabines pour célibataires un peu plus spacieuses et avec moins de lits. En bref, il est ressorti qu’il nous fallait absolument un navire beaucoup plus grand… et construit sur mesure !

Que peux-tu nous dire sur l’hôpital ?

L’hôpital disposera de deux ponts qui lui seront dédié, sur une superficie de 7 000 mètres carrés, soit presque quatre fois plus de surface que l’Africa Mercy ! On y trouvera toutes les commodités d’un hôpital à terre, y compris six salles d’opération, un scanner, un laboratoire, une pharmacie et bien plus encore. Le Global Mercy sera également équipé d’espaces de formation ultramodernes, dont deux laboratoires de simulation avec réalité virtuelle et augmentée, des mannequins, une salle de soins post-opératoires dédiée à la formation et qui permettra à nos formateurs de simuler les conditions locales afin d’enseigner les meilleures pratiques dans des environnements où les moyens et les ressources sont limités.

Et au niveau des espaces en commun ?

Le navire sera doté d’un auditorium de 682 places, d’une école pour les enfants des familles engagées à bord, d’une cantine avec 527 places, d’un café, d’une boutique, d’une bibliothèque, sans oublier la piscine extérieure. Une vraie petite ville pour un équipage moyen de 600 bénévoles !

En quoi diffère le Global Mercy des anciens navires de Mercy Ships ou de l’Africa Mercy ?

La principale différence sera la taille. Le Global Mercy a été est conçu pour avoir une plus petite empreinte à terre que tous nos navires précédents, avec plus d’activités pouvant avoir lieu à bord – par exemple les contrôles et soins pré- et postopératoires n’auront plus besoin d’être effectués sous de grandes tentes sur le quai. En théorie, cela signifie aussi un déploiement et des rangements plus rapides lors des déplacements d’un port à l’autre.

Quelles innovations techniques ont été utilisées ?

Nous avons essayé d’intégrer autant de moyens techniques possibles pour économiser l’énergie, par exemple les lumières LED. La plupart des moteurs, comme les ventilateurs ou les pompes, sont équipés de variateurs de fréquence réglés pour tourner à un régime permettant de réduire la quantité d’énergie nécessaire. Le navire est conçu pour naviguer à relativement faible vitesse. Cela permet de réduire considérablement la consommation de carburant en mer. De plus, une entreprise suédoise, Selektope, a fait don d’un additif anti salissures pour la peinture. Cela empêchera toute accumulation de matières sur la coque pendant nos séjours prolongés dans les ports et permettra une propulsion plus efficace – et donc plus économique – du navire. Nous disposons également d’un système de traitement des déchets assez sophistiqué, tant pour les déchets solides que liquides.

Quels autres systèmes spécialisés ont dû être installés sur le nouveau navire pour en faire un hôpital ?

La ventilation de l’hôpital est assez élaborée. Une filtration spéciale ainsi que des gradients de pression positifs et négatifs, selon l’endroit, ont été installés pour contrôler le flux d’air entrant et sortant afin de réduire la propagation potentielle d’une contamination par l’air. Le réseau informatique est très étendu dans tout le navire, plus particulièrement dans l’hôpital, pour faciliter la communication avec les différents équipements et permettre l’envoi d’informations par satellite pour un diagnostic rapide, si nécessaire.

Que restera-t-il à faire en termes d’aménagement après la livraison du Global Mercy par le chantier naval ?

Les plus grandes pièces d’équipement médical, par exemple le CT scan, les rayons X, les stérilisateurs ou les désinfecteurs sont en cours d’installation. Tout ce qui nécessite d’être boulonné, câblé à l’électricité ou aux canalisations d’eau sera donc terminé lors de la réception du navire. Par contre, le reste des éléments – et ils sont nombreux ! – sera installé après, y compris le matériel informatique et l’équipement hospitalier, tel que le laboratoire. A cela s’ajoutent le chargement de tout l’équipement (cuisine, vaisselle, literie…), en bref tout ce qu’il faut pour rendre le navire 100% opérationnel quand il débutera sa première mission.

Le coût final du navire-hôpital sera-t-il conforme au montant initial de 178 millions de dollars ?

Le budget total du Global Mercy, c’est-à-dire depuis la conception des plans jusqu’à l’arrivée à bord du premier patient africain, s’élève à environ 200 millions de dollars. Ce montant inclut tout l’équipement et le matériel de l’hôpital, mais également l’infrastructure informatique qui est assez conséquente, ainsi que sa première navigation jusqu’en Afrique. La bonne nouvelle est que Mercy Ships a déjà réuni la majeure partie de ce montant sous forme de dons, promesses de dons ou dons en nature !

Quelles sont les prochaines étapes du chantier naval pour que le navire-hôpital soit pleinement opérationnel ?

Le navire est à flot et les premiers essais en mer ont eu lieu. Les derniers tests de mise en service sont en cours, en particulier pour le système CVC (chauffage-ventilation et climatisation) qui est un processus assez long, et la vérification de tous les systèmes de sécurité, de détection d’incendie et autres. Nous passons en revue également un à un les derniers points de contrôle pour obtenir un avis favorable de la commission de sécurité. Et bientôt, le drapeau maltais sera hissé pour permettre au navire de naviguer vers l’Afrique !

Que signifie le lancement du Global Mercy pour le continent africain ?

De façon tangible, il doublera le nombre de patients opérés par Mercy Ships ! De plus, les nouvelles technologies et l’espace supplémentaire pour l’enseignement et la formation du personnel médical local multiplieront notre impact et permettront de laisser de nouvelles compétences derrière nous, donc même après le départ du navire.