Pierre

“Lorsque j’ai vu le navire pour la première fois, j’ai été profondément bouleversé. J’y ai pris mes quartiers au Cap, en Afrique du Sud. C’était un dimanche, vers la fin de sa tournée de relations publiques. Trois jours plus tard, nous entamions le voyage de 10 jours qui nous ramènerait au Liberia, en Afrique de l’Ouest.

Mon travail à bord m’a fait découvrir le département des Rénovations : il fallait maintenir en état de fonctionnement cet ancien bateau de croisière qui transportait maintenant plus de 300 bénévoles. Durant le voyage, j’ai passé des heures à décaper et à repeindre toute une section de cabines du pont C, qui hébergeait seize infirmières.

Ces trois semaines ont été extraordinaires – pleines d’émotions et enrichies par des amis merveilleux. Je me sentais vraiment comme à la maison.

La première journée de consultation médicale au Libéria devait avoir lieu la veille de mon départ. En tant que membre de l’équipage non-médical, je m’étais inscrit pour donner un coup de main. Mais le soir précédant cette journée, il fut annoncé qu’à cause de manifestations liées aux élections, le nombre de volontaires possibles serait limité. Très déçu, je me suis résigné à passer mon samedi à bord.

Durant l’après-midi, alors que je me trouvais près de la passerelle, on annonça qu’une Land Rover repartait pour le lieu de la consultation et qu’il restait une place libre. J’ai sauté sur l’occasion ! A mon arrivée dans la voiture, je découvris un spectacle que je n’oublierai jamais. Sur le siège à côté du mien, une masse de chair grotesque débordant de ce qui semblait être une bouche me faisait face ! Et derrière cette masse, les yeux d’une adorable petite fille.

Je ne ressentis aucun choc, aucun dégoût – juste une immense compassion. Et lorsque la fillette saisit ma main, je fus incapable de dire quoi que ce soit. Je ne sais pas ce qui a passé entre nous, une marque indélébile s’est inscrite dans mon cœur par le courage de cette enfant de sept ans. Je l’ai accompagnée à la salle de consultation pour voir les chirurgiens. Il fallut plusieurs heures de tests et d’investigations avant qu’ils ne concluent que la tumeur n’était pas maligne et qu’une opération était possible.
Hawa et son père furent admis à l’hôpital du bateau le jour de mon départ. Je leur rendis visite dans la chambre, et de nouveau j’ai serré dans la mienne la main de cette petite fille qui ne pouvait pas parler, tout en ayant une longue conversation avec son père.

De retour chez moi, j’ai attendu avec anxiété les emails de mes amis du bateau, qui me tenaient régulièrement au courant de l’état de Hawa. Ils me racontèrent que, lorsqu’elle se vit pour la première fois dans un miroir, elle se mit à parler, tout doucement, redisant encore et encore « Hawa est belle, Hawa est belle. » Aujourd’hui, Hawa peut parler. Très bientôt elle pourra aller à l’école. Quelle coïncidence merveilleuse que j’aie été justement près de la passerelle ce fameux samedi. Quel privilège d’avoir été celui qui était assis à côté d’elle, et qui a pu tenir sa main.

Je m’étais engagé comme bénévole à Mercy Ships dans l’idée d’aider à changer des vies. Celle de Hawa a effectivement été transformée pour toujours. Mais la mienne aussi ! »